Comment le mentorat réduit l’autocensure et renforce la réussite scolaire ?


L’orientation scolaire est un moment décisif dans la vie des jeunes. Pourtant, pour ceux issus de territoires fragiles, ce choix est souvent limité par des freins, souvent invisibles : manque d’informations, contraintes financières, pression de l’entourage et surtout autocensure.  

Pour mieux comprendre ce phénomène et mesurer l’impact du mentorat, Télémaque a sollicité Agathe Gabillaud, Docteure en Psychologie sociale affiliée au Laboratoire de Psychologie et d’Ergonomie Appliquées (LaPEA) à l’Université Paris Cité, pour mener une étude transversale. Cette étude a été menée sous la Direction de Laurent Sovet, Maître de conférences en psychologie différentielle et Franck Zenasni, Professeur des universités. Les résultats mettent en évidence les aspects du programme de mentorat Télémaque qui influent le plus sur le parcours scolaire des jeunes.

Méthodologie de l’étude : L’étude a été menée de novembre 2023 à juin 2024. Ont été comparés :  un groupe de jeunes accompagnés par Télémaque (553 filleuls et 148 Alumni Télémaque soit 27% des filleuls et 19% des Alumni) et un groupe contrôle. Ce groupe contrôle composé de 761 jeunes présente des caractéristiques similaires (âge, niveau scolaire, type d’établissement fréquenté, etc.) à celles des jeunes accompagnés par Télémaque.  La marge d’erreur est de 3,5% ; la recherche admet généralement des taux autour 5%.

L’autocensure désigne le fait pour un jeune de limiter ses choix d’orientation par anticipation d’un échec ou d’un obstacle. Elle ne se résume pas à un manque d’information : elle est liée à des représentations sociales, à la pression de l’entourage et au sentiment d’auto-efficacité, c’est-à-dire la croyance en sa capacité à réussir une tâche spécifique dans un domaine particulier (par exemple, « je ne peux pas postuler à une école d’ingénieur car je ne suis pas le meilleur de la classe en maths »). 

Les jeunes issus de milieux défavorisés sont particulièrement concernés par ce phénomène comparé aux jeunes de milieux plus favorisés. Ils déclarent devoir « travailler deux fois plus » pour atteindre leurs objectifs et se comparent souvent à des pairs jugés plus favorisés culturellement. Cette perception les conduit à écarter certaines filières, notamment les plus sélectives, avant même de formuler leurs vœux.  

L’autocensure prend certaines de ses racines dans des représentations sociales et culturelles. L’étude montre que le mentorat agit sur ces dimensions en offrant aux jeunes des expériences nouvelles – sorties culturelles, échanges avec des professionnels – qui élargissent leur vision des possibles. Cette vision plus large contribue à déconstruire des stéréotypes et renforce la capacité des jeunes à se projeter dans des environnements variés, y compris ceux perçus comme « réservés » à d’autres groupes sociaux. 

Les jeunes accompagnés par Télémaque ont déclaré plus majoritairement certaines pratiques socio-culturelles que le groupe contrôle : 87% des jeunes Télémaque se déclarent curieux de tout et aiment apprendre nouvelles choses contre 69% des jeunes du groupe contrôle. Ils sont 83% à bien retenir ce qu’ils ont vu lors d’une sortie culturelle contre 64% du groupe contrôle. Enfin, 66% des jeunes Télémaque s’informent sur l’actualité contre 51% des jeunes du groupe contrôle. 

Légende : Toutes les pratiques socio-culturelles étudiées entre les jeunes Télémaque et les jeunes du groupe contrôle 

Les activités culturelles sont un puissant levier de confiance pour les jeunes. L’étude d’Agathe Gabillaud démontre que les jeunes du programme Télémaque, qui participent davantage à ces activités et se sentent plus à l’aise dans des lieux culturels (comme les musées), affichent un niveau de confiance supérieur dans leurs chances de réussite scolaire. 

Plus précisément, l’étude révèle un écart significatif : les jeunes Télémaque qui se sentent très à l’aise culturellement obtiennent une moyenne générale jusqu’à 3 points supérieure à celle des jeunes du groupe témoin qui ne se sentent pas du tout à l’aise culturellement

Parmi les causes d’autocensure, l’influence de l’entourage – qu’il s’agisse des amis, de la famille ou de l’équipe éducative – revient souvent, devant d’autres facteurs comme les questions financières, le handicap, le manque d’expérience ou d’informations. Télémaque permet aux jeunes d’être moins perméables à l’influence potentielle de leur entourage et surtout d’élargir leurs références pour avoir des choix plus diversifiés et informés.   

Seulement 32% des jeunes Télémaque perçoivent la pression de leur entourage comme un obstacle contre 49% du groupe contrôle.

Légende : 1301 jeunes interrogés de la 5ème à la Terminale. 

Le fait d’avoir accès à un mentor contribue aussi à ce que le jeune gagne en confiance et fasse des choix moins influencés par son milieu social. Le mentor est accessible au jeune, il partage en transparence les étapes par lesquelles il est passé et les éventuelles épreuves qu’il a rencontrées. 

Le niveau de confiance augmente de 60% chez les jeunes bénéficiant très souvent du partage d’expérience de leur mentor. 

Cette confiance se traduit par une plus grande autonomie dans l’orientation : le cabinet de mesure d’impact Koreis a ainsi évalué que 95% des jeunes Télémaque ont le sentiment d’avoir choisi leur voie avec le programme Télémaque (Koreis, mesure d’impact de Télémaque publiée en 2025). 

Les jeunes accompagnés par Télémaque s’orientent davantage vers des parcours exigeants et des études longues. Ainsi, 82% d’entre eux envisagent au moins un bac+3, contre 55% dans le groupe contrôle, et 50% visent un bac+5, contre seulement 27% des jeunes du groupe contrôle. De même, 73% des jeunes Télémaque ambitionnent un métier de cadre, contre 44% du groupe contrôle. 

Chez les garçons, le mentorat joue un rôle déterminant en renforçant progressivement l’ambition scolaire. Alors que les recherches de Nils et al. (2021) et Watts et al. (2015) montrent que les garçons tendent à viser des études moins longues que les filles, ceux suivis par Télémaque affichent des ambitions équivalentes à celles des filles du programme, tant pour les études supérieures que pour l’accès au statut cadre. 

L’impact du mentorat est également marqué chez les filles : la proportion d’entre elles qui s’orientent vers les filières scientifiques passe de 26% dans le groupe témoin à 39% parmi les jeunes Télémaque. Pour en savoir plus sur nos actions spécifiques pour les femmes et filles de sciences, consultez notre article écrit à l’occasion de la journée internationale des femmes et filles de sciences. 

L’étude confiée par Télémaque à Agathe Gabillaud confirme que le mentorat de longue durée est un levier efficace pour réduire les inégalités d’orientation. En agissant sur la pression sociale, la confiance en soi, l’ouverture culturelle et les ambitions scolaires, il contribue à élargir le champ des possibles pour des centaines de jeunes issus de milieux modestes. 
Ces résultats rappellent que l’égalité des chances ne se décrète pas : elle se construit, jour après jour, grâce à des dispositifs qui donnent aux jeunes les moyens de croire en leurs capacités et d’oser faire leurs choix.